A SAVOIR SUR MON PARCOURS

17/02/2016 00:13

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire. » Albert Einstein.

 

Vous tous avec qui j’ai vécu au Mali, vous me connaissez. Vous savez qui je suis et comment je me suis toujours battu, pour tous ceux qui en avaient besoin, pour vous, pour vous défendre. Quand personne n’osait parler, quand les causes semblaient perdues d’avance, quand vous parliez entre vous des problèmes, mais n’osiez même pas espérer que les choses changent, quand vous étiez désespérés, vous veniez me voir. Pour les petits problèmes (trouver une place à l’internat…) comme pour les grandes réformes.

Parce que vous saviez que je défendrais toujours la justice, l’égalité, les droits de chacun. Que je dénoncerais la corruption. Que j’encouragerais toujours le dialogue, pour trouver des solutions. Que je ferais passer vos intérêts avant les miens.

Est-ce qu’il faut que je vous rappelle ce que nous avons vécu ensemble ? Ce à quoi j’ai été confronté ? Ce que j’ai fait changer ?

 

Je ne peux pas et ne veux pas tout citer. Je sais que dans l’histoire du syndicalisme à la FMPOS (Faculté de Médecine, Pharmacie et d’Odonto-Stomatologie), personne ne s’est battu de façon altruiste comme je l’ai fait.

A la FMPOS, j’étais un garant de la vérité, un soutien et gage de sérieux recherché pour la réalisation des projets ou pour maintenir la concorde entre les étudiants, par exemple pour la réalisation du complexe sportif, le paiement des bourses…

 

J’ai été à l’origine de l’adoption du vote par bulletin secret lors des élections de l’AEEM (Association des Elèves et Etudiants du Mali) à la FMPOS de Bamako au Mali, alors que les élections se faisaient à main levée dans toutes les facultés et écoles /lycées, parfois dans un climat de violence.

Je suis extrêmement attaché au processus démocratique et voulait que les étudiants puissent s’exprimer librement, sans tension ou peur des représailles. Le système à main levée contribuait à nous diviser et à nous affaiblir face à nos revendications, c’est-à-dire la défense de nos droits, les droits de tous les Etudiants de la Fac et au-delà.

Mon message principal était l’unité, c’est pourquoi j’avais aussi proposé le scrutin proportionnel et le consensus général, qui malheureusement n’ont pas pu être mis en place.

Je pourrai éventuellement revenir plus en détail par la suite sur mon engagement au sein de l’AEEM à la FMPOS.

Que ce soit au bureau de coordination ou au sein du comité de la FMPOS, mon credo a toujours été : le respect, et la négociation : il faut négocier quand c’est possible, quitter quand il le faut et ne jamais fermer les portes de la négociation. Et accepter des sacrifices.

 

Précurseur de nouvelles idées, défenseur des droits des étudiants, cool rebelle, démocrate, garant de la confiance, de la paix et quiétude entre étudiants, j’ai cultivé le respect et la tolérance entre étudiants et surtout le respect envers les professeurs.

Entre étudiants, Zion, notre chambre, était ouverte à tous, un lieu de paix et d’accueil. Combien de fois j’ai dormi par terre pour laisser ma place à d’autres ? J’étais le confident de beaucoup de gens qui savaient me trouver quand ça n’allait pas.

Et avec les professeurs, aucun professeur ne peut dire que je lui ai manqué de respect dans mon parcours, tout en gardant mon engagement et en restant intransigeant face aux revendications des élèves et étudiants.

 

Je suis aussi connu pour mon patriotisme. Dès la première année de médecine, j’ai initié la montée du drapeau tous les lundis, en allant chercher les étudiants dans l’amphithéâtre. C’est devenu par la suite une tradition lors des cérémonies officielles à la faculté.

Aujourd’hui, un des ténors de l’association des pionniers du Mali, le Docteur Mohamed Doumbia, était l’un de ces étudiants qui tenait à être présent chaque lundi lors de cette cérémonie.  Je le connais personnellement, et suis très fier et très heureux pour lui.

« […] Le mouvement pionnier représentait et doit représenter encore une forme et une sorte d’encadrement des jeunes pour leur donner une bonne formation civique, morale, physique et pratique. Son but est de faire des jeunes du Mali un modèle de citoyen accompli qui est soucieux du développement de sa patrie. Pour rappel, le Mouvement Pionnier fut créé en avril 1960 avant de se transformer en Association des Pionniers du Mali (APM) en juillet 1994 […]».   J’ai moi-même été pionnier à l’école primaire.

 

Mais avant d’arriver à la FMPOS, j’étais déjà quelqu’un de très engagé et j’avais déjà commencé mon combat pour la liberté, la démocratie, et la défense des intérêts matériels et moraux de tous les élèves et étudiants du Mali au sein de l’AEEM. J’avais ainsi participé à la révolution du 26 Mars 1991 et contribué à l’avènement de la démocratie, du multipartisme, et de la liberté d’association au Mali en 1991.

 

J’ai déjà vu des armes de guerre pointées sur moi quand j’étais élève au Lycée de Markala en 1993. J’ai été mis en prison, j’ai été battu, j’ai vu mon sang couler parce que j’avais choisi de me battre pour les droits de mes camarades et pour l’école malienne. J’ai été soigné à l’hôpital, et j’ai porté la souffrance physique pendant des mois. Mon corps et mon âme ont souffert le martyr. J’ai dû quitter Markala au milieu de la nuit…

 

Quand j’étais au Lycée Askia Mohamed à Bamako, en 1994, j’ai marché seul pacifiquement  à Bamako, sur l’avenue de la Liberté, en réclamant la libération du secrétaire général du Bureau de Coordination Nationale (BCN) de l’AEEM : Yahia Ould Zarawana , des membres du BCN et du Comité Directeur et tous les élèves et étudiants arrêtés à l’époque ainsi que la réouverture des classes. Une pancarte à la main, j’ai commencé la marche à la place de la Liberté, en scandant des slogans en faveur de la Liberté, de la Démocratie, des Droits de l’Homme, et en dénonçant les abus contre le peuple malien et notre jeune Démocratie. Cela à un moment où toutes manifestations, tous rassemblements étaient interdits au Mali ; il y avait des policiers partout dans les rues de  Bamako, toutes les écoles étaient fermées.

Deux jours auparavant, le jour anniversaire du 26 mars, je m’étais présenté par solidarité au commissariat du 1er  arrondissement de Bamako, pour me constituer prisonnier auprès de mes camarades de lutte et subir le même sort qu’eux, mais les policiers avaient répondu que je n’avais rien fait d’illégal et qu’ils ne pouvaient pas m’arrêter.

Après cette manifestation, j’ai été arrêté et j’ai pu m’exprimer face au commissaire qui m’a relâché après. Dans les jours suivants, le conseil des ministres a décidé la réouverture des écoles fondamentales (primaire-collège) et les conditions de détention de mes camarades ont été assouplies.

 

Je n’ai jamais eu peur de défendre mes idées, de me lancer dans ces combats, même si je suis seul et que personne ne me suit.

 

Pourquoi je vous parle de cela aujourd’hui ?

 

J’ai posté un message le 06 février, sur cette date à triple sens, l’anniversaire de Bob Marley, l’anniversaire de mon bâton, et la journée de la lutte contre les Mutilations Génitales Féminines.

Pour moi, cette date unique montre à quel point ces 3 évènements sont liés. Sur les pas de Bob Marley, je fais une musique engagée pour les droits de tous, dont mon bâton est le témoin. Combien êtes-vous à avoir touché mon bâton ? Combien d’entre vous avez fêté cette date ou le 11 mai avec moi et les autres rastas de la fac ? Des milliers… Et pourtant, le jour où je vous parle des mutilations génitales féminines, de l’un de mes combats, de ce combat pour le droit des Femmes… Vous, mes anciens camarades de la faculté de médecine… Vous, médecins Malien ou Africain formé à la FMPOS… Vous, garants de la santé de vos prochains, les malades et les non malades… Vous vous montrez tous indifférents.

 

Comme je l’avais dit précédemment, au-delà de mon engagement d’artiste, j’ai une formation de santé publique et mon rôle est de prévenir et d’informer face à des pratiques néfastes pour la santé, en particulier pour la santé de la Femme et de l’Enfant. Les informations que je partage ne sont pas des inventions, elles sont issues de thèses de médecins ou d’ouvrages qui traitent de ce sujet qui me tient particulièrement à cœur.

La pratique médicale évolue. Les médecins doivent s’informer sur les nouvelles avancées médicales et en faire bénéficier leurs patients. S’ils sont informés d’une pratique qui nuit à la santé de leurs patients, il est de leur devoir d’agir contre cette pratique pour arrêter les souffrances inutiles.

Le jour où les médecins africains s’engageront vraiment à lutter contre l’excision, plus aucune fillette ou femme ne sera excisée en Afrique. Nos parents perpétuent certaines traditions car ils n’en connaissent pas les conséquences, et ne font pas le lien entre les souffrances endurées et les pratiques néfastes réalisée des années avant.

Le devoir des médecins qui connaissent le corps humain et en ont étudié l’anatomie, est de s’informer et alerter. S’ils savent qu’une pratique est dangereuse, ils doivent chercher à se former et en informer leurs patients et leurs familles, qui leur font confiance.

Je suis certain que si les anciens comprenaient les conséquences de ces mutilations, si les médecins prenaient le temps de les leur expliquer, ou de donner une information éclairée dessus, ces mutilations ne seraient plus pratiquées comme on le voit aujourd’hui. Car nos anciens nous aiment et ils veulent notre bien.

 

Cet engagement que je porte, je l’ai exprimé dans mon album, qui est plus militant et engagé que tous les albums reggae qui sortent actuellement.  Cet album aborde des thèmes diverses et variés, qui touchent les Droits de la Femme, de l’Enfant et de l’Homme, malheureusement toujours bafoués.

Je vous invite à écouter mon album, réellement, et à chercher à comprendre le sens des paroles. Je suis à votre disposition si vous avez besoin de traduction.

Je souhaite une excellente semaine à toutes et à tous.

 

Peace and Love !

 

Jah Sidy Boy

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