TIKEN JAH FAKOLY ET JAH SIDY BOY

26/04/2016 15:43

Face aux questions qui me sont posées de temps en temps, et que certains d’entre vous se posent peut-être aussi, je voudrais donner une réponse claire.

OUI, JE PEUX DIRE QUE C’EST TIKEN JAH FAKOLY QUI S’INSPIRE DE JAH SIDY BOY ET NON LE CONTRAIRE.

Que ce soit pour le boubou en bogolan, pour le bâton ou la musique.

-Pour le boubou en bogolan :
Je suis peintre en bogolan, art décoratif sur tissu, technique de peinture ancestrale avec de l’argile sur tissus trempés dans des décoctions de feuilles ou d’écorces d’arbres spécifiques. Le bogolan est un élément essentiel de la culture malienne. J’ai appris cette technique d’art en 1994 quand le gouvernement avait fermé toutes les écoles, auprès d’un professeur de l’Institut National des Art (INA) à Bamako, Monsieur Modibo Diallo ; et par la suite, j’ai aussi encadré des étudiants de l’INA en stage dans son atelier. Un grand merci à lui.
Et je portais déjà un boubou en bogolan quand j’ai marché seul avec une pancarte, pacifiquement, à Bamako sur l’avenue de la Liberté en 1994. Comme je vous en ai déjà parlé, c’était pour réclamer la réouverture des classes et la libération du secrétaire général du Bureau de Coordination National de l’AEEM (Association des Elèves Etudiants du Mali), Yeya Ould Zarawana, et des élèves et étudiants arrêtés . Ce boubou en bogolan, fait par la main de mon maître, était différent de celui que je porte aujourd’hui, fait par quelqu’un d’autre, avec d’autres matières.

Tiken et ses musiciens font partie des premières personnes qui ont vu mon actuel boubou, quand je suis venu les voir en répétition au studio bleu de Paris en 2004, pour la sortie de son album « Coup de Gueule ». Ce jour, ils ont tous été impressionnés par mon boubou qu’ils ont vraiment apprécié.

-Pour le bâton :
Mon bâton a déjà 18 ans et une longue histoire. Tiken utilise des bâtons depuis presque 2 ans. Et pourquoi en porte-t-il lui aussi un maintenant? Il faudrait peut-être lui poser la question. Moi, j’ai mon idée là-dessus….

-Pour la musique :
Tiken fait partie des premières personnes à qui j’ai envoyé mon album, en 2011, juste après le mastering mais avant le pressage, par respect pour lui. Je n’ai jamais eu de retour de sa part, mais je constate que Tiken s’en est inspiré dans son travail.
Pour ma part, je n’ai rien à envier à aucun de ses albums, que ce soit pour les textes ou musicalement. J’apprécie son travail comme j’apprécie le travail de tous mes frères et sœurs artistes ou musiciens, mais je connais la valeur de mon album, que j’ai écrit et composé dans son intégralité. Ce n’est pas toujours le cas de Tiken, qui bénéficie des auteurs et compositeurs de son label ou de l’aide d’autres personnes.

Mes relations avec Tiken :

Quand j’ai rencontré Tiken il y a une quinzaine d’année, j’avais déjà mon projet de musique depuis longtemps. J’étais déjà un Rasta avec mes locks, j’organisais des sound-systems avec d’autres Rastas , j’avais mes idées, mes engagements, mes convictions révolutionnaires.
J’étais connu pour cela au Mali, à la FMPOS, dans le milieu scolaire et universitaire, et parmi les Rastas maliens ; il n’hésitait pas à s’afficher avec moi ou faire valoir le fait qu’il me connaissait.
Quand je l’ai rencontré, je lui ai parlé de mon projet musical, tout en lui expliquant que je voulais d’abord finir mes études. Il m’y a encouragé, et m’a promis son soutien quand je commencerai mon projet musical. Je n’ai pas de rancœur par rapport à cette promesse non tenue, mais à défaut de soutien je m’attendais au moins à de la considération et du respect pour mon travail en tant qu’artiste et petit frère, comme la plupart des gens l’ont fait, ou bien qu’il me fasse aussi ses critiques ou observations s’il en avait….
Au lieu de cela, je constate de l’indifférence et de la récupération.
Pour ma part, je suis toujours allé à ses concerts : au Mali, j’avais l’habitude de mobiliser les étudiants de la faculté et de les amener en bus aux concerts. J’ai partagé sa musique, son travail. Ici en France, je continue à aller à ses concerts, à y amener des gens, à acheter ma place quel que soit le prix, même à l’époque où les billets partaient très vite et étaient revendus à double tarif aux portes de la salle. Je l’ai vu à Bercy, au Zénith, à l’Olympia, à l’Elysée Montmartre, au Bataclan, à des festivals (Solidays, fête de l’huma…), et dans d’autres salles encore...
Je ne me compare pas à lui, je ne suis pas en compétition avec lui, ni avec personne. Pour moi, la musique est une mission et non une compétition. J’ai choisi de remplir ma mission, c’est tout. J’ai une identité et un parcours qui me sont propres. J’ai vécu, j’ai participé à la révolution, j’ai laissé des traces témoignant de ma lutte révolutionnaire pour la Démocratie, les Droits de l’Homme depuis mon plus jeune âge. Ma musique est un moyen de porter ma révolution, et non la révolution un moyen de porter ma musique. J’apprécie le travail des autres, mais sans l’envier. Chaque nouvel artiste est une couleur supplémentaire à la belle mosaïque de la musique et contribue à sa beauté et à son harmonie. La musique ne se divise pas, elle prend de l’ampleur. Chacun a sa place dans le monde de la musique.
Ici en France, avec les musiciens et artistes que je croise, c’est toujours le respect. Personne ne peut me reprocher d’avoir manqué de respect à son égard. Je vais aux concerts de tout le monde quand je peux, je paye toujours ma place, pour danser, mettre de l’ambiance et soutenir la musique en général et la musique reggae en particulier, les artistes et les musiciens….
Et ni Tiken, ni aucun autre artiste homme ou femme, vu et connu, ne dansent cette musique qui s’appelle le Reggae comme je sais le faire, sans prétention aucune, que ce soit en Jamaïque, Afrique , Antilles, France et partout dans ce monde, et je le prouverai au monde entier si Dieu le veut et que les Hommes me donnent l’occasion de partager et de leur faire vivre cette chose qui est en moi…..
Certains se demandent pourquoi je ne peux pas travailler ou aller voir Tiken pour qu’il me donne ses premières parties, vu notre relation au Mali…. ?
Je vous ai déjà donné quelques éléments de réponse… Mais je connais aussi maintenant la réputation de Tiken dans le monde de la musique.

Tiken et les autres artistes reggae africains :

Aujourd’hui, il y a beaucoup d’artistes reggae, en Afrique comme en France, plein de potentiel, avec des messages de Paix, de Liberté, de Justice, des messages conséquents pour l’Afrique, son développement, son unité, la démocratie et les droits de l’Homme. J’en connais certains, et je demeure convaincu que l’unité africaine, le développement de l’Afrique, toute révolution en faveur de l’Afrique à travers la musique ne pourra se produire si il n’y a pas d’abord union et entraide des artistes africains, en laissant de côté les intérêts individuels. Comment dénoncer les chefs d’Etat qui cherchent à se maintenir au pouvoir, la corruption, les luttes de pouvoir, si nous ne montrons pas l’exemple d’un autre chemin possible, où chacun peut exprimer son potentiel pour le partage de la musique et l’intérêt de tous ?

Parmi les artistes africains, à qui Tiken a-t-il donné sa voie ? Deux artistes : Takana Zion, guinéen, et Béta Simon, ivoirien. Des artistes dont je respecte, le talent et reconnais le potentiel. Mais il a très vite arrêté de travailler avec eux : est-ce par peur que leur talent et leur potentiel ne lui fassent de l’ombre ?

Les Droits de l’Homme, Article 27
1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.

Bon week-end à toutes et à tous, et bonnes vacances pour celles et ceux qui en ont!

Peace and Love !

Jah Sidy Boy

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